• TAISEZ-VOUS, MONSIEUR HONDELATTE !

    (Eric de Verdelhan)

    « Ils viennent d’un autre temps, d’un autre ciel. Ce sont les derniers fidèles d’une austère religion, celle du courage…
    Seuls, ils échappent au grotesque d’une époque dérisoire. Ils viennent d’un monde où on ne triche pas… Ils sont de l’espèce qui se rase pour mourir. Ils croient à la rédemption de l’homme par la vertu de l’exercice et du pas cadencé. Ils cultivent la forme physique et la belle gueule. S’offrent le luxe des réveils précoces dans les matins glacés et des marches harassantes pour la joie de s’éprouver.
    Ce sont les derniers poètes de la gratuité absolue. » 

    (Dominique Venner)


    VIDEO - 17e sans ascenseur : début du clash entre Christophe ...

    Hier, un camarade, ancien parachutiste, m’a transmis un article de « Sud-Ouest » datant de quelques jours. J’y lis ceci, qui m’a fait littéralement bondir :

    « Christophe Hondelatte, revenu chez lui, à Bayonne… en cette période de confinement, dénonce les bruits sourds et répétitifs des entraînements au tir venant de la caserne toute proche du 1er RPIMa : « C’est assourdissant, en pleine journée comme au milieu de la nuit, ces tireurs d’élite pourraient se calmer un peu ou aller s’entraîner au tir ailleurs en cette période de confinement, je ne sais pas moi, dans la forêt landaise ou en zone non urbanisée… J’habite ici depuis toujours, c’est un souci récurent…c’est de plus en plus difficilement supportable! »… »

    Ainsi, il ne suffit pas que les bobos parisiens, se souvenant quand ça les arrange qu’ils ont des racines provinciales et/ou une résidence chez les « ploucs » (qu’ils méprisent 11 mois par an), se plaignent du carillon des églises, du bruit des cloches qui tintinnabulent au cou des vaches, du chant du coq, des aboiements de chiens, des odeurs de fumier…que sais-je encore ?

    Voilà que monsieur Christophe Hondelatte, journaliste en mal de notoriété, le bellâtre un brin narcissique de l’émission « Faites entrer l’accusé », est dérangé par l’entrainement (intensif), au tir et au combat, des parachutistes du 1er RPIMa.

    Je voudrais, dans un premier temps, faire remarquer à ce monsieur que, s’il habite Bayonne « depuis toujours » – il est né en 1962 – les unités paras ont occupé la Citadelle (1) bien avant qu’il ne vienne au monde. De nombreux parachutistes d’Indochine et d’Algérie y ont été formés avant que le 1er RPIMa ne l’occupe en 1960. Depuis cette date, Bayonne a toujours été la garnison du 1er RPIMa.

    Je voudrais qu’il sache aussi que le 1er RPIMa est l’une des unités les plus décorées de France et que les hommes qui servent dans ce régiment d’élites méritent d’abord notre respect.  

    Ils sont les dignes héritiers des premières demi-brigades SAS (2) qui se sont battues en Crète, à Benghazi, sur le front libyen, en Cyrénaïque, en Tunisie…

    Ils descendent en droite ligne du « Bataillon du ciel » largué à Plumelec le 6 juin 1944 à 0h40. Le caporal Emile Bouétard, probable premier tué du débarquement, était un parachutiste  français.

    Ces parachutistes, on va les retrouver dans les combats de la Libération et lors de l’opération Amherst, aux Pays-Bas, en avril 1945.

    Les « paras-colos » iront ensuite se faire tuer – nombreux – dans les rizières d’Indochine, puis du 13 mars au 7 mai 1954, des bataillons parachutistes  entiers disparaîtront à Diên-Biên-Phu.

    Ils obtiendront, plus tard, une victoire-éclair lors de l’Opération « Mousquetaire » à Suez en 1956, sous les ordres de chefs prestigieux comme Massu et Château-Jobert.

    Ils gagneront la bataille d’Alger en 1957, puis, en avril 1961, beaucoup d’entre eux choisiront « les voies de l’honneur » pour ne pas trahir l’Algérie française.

    Viendra, ensuite, la génération de parachutistes des « Opex »(3).

    Monsieur Hondelatte, j’ai servi au 1er RPIMa. « De mon temps », comme disent les vieux, le régiment (4) formait ses paras pour les envoyer faire le coup de feu au Tchad. Au nom d’accords anciens, la France soutenait  le régime corrompu de François Tombalbaye aux prises avec un « Fro-Li-Nat » (Front de Libération Nationale) qui voulait le chasser du pouvoir.

    N’Djamena s’appelait encore Fort-Lamy. Traumatisé par la guerre d’Algérie, le gouvernement ne voulait pas risquer la vie d’un « p’tit gars du contingent » dans ce conflit lointain et n’envoyait là-bas que des soldats de métier.

    Un camarade, retrouvé 40 ans après nos classes à Bayonne, à l’occasion de la sortie de mon premier livre, m’a rappelé qu’en janvier 1970, notre section d’instruction comptait 69 hommes. Le 22 mai 1970, lors de l’obtention de notre brevet parachutiste, à Pau, nous n’étions plus que… 29.

    Un écrémage qualitatif aussi sélectif, sinon plus, que dans les unités de Légion.

    Vous suggérez que les soldats du 1er RPIMa aillent s’entraîner « dans la forêt landaise ou en zone non urbanisée ». Au début des années 1970, non contents de « faire du bruit » dans la Citadelle, nous allions tirer au Boucau et à Sarre, nous crapahutions dans l’arrière-pays basque et sur la Rhune et nous sautions en parachute à Hasparren. Au grand dam, je suppose, des écolos-bobos de l’époque car nous devions faire très peur au gibier à poil et aux petits oiseaux.

    Si vous ne savez rien des combats du Tchad (de fin 1969 à 1972) – ce que je peux comprendre puisque personne n’en parle – sachez que là-bas, les commandos paras de la  6ème CPIMa (5) ont eu une soixantaine de blessés et 26 tués. Le 23 mai 2014, l’ « Amicale des Eléphants Noirs » –  les anciens de la 6ème CPIMa – inaugurait une stèle dans la Citadelle  à la mémoire de ses morts (6).

    Quand j’ai été incorporé, en janvier 1970, on m’a affecté à la section Hoareau. L’adjudant Etienne Hoareau a, par la suite, servi dans « l’Assistance Militaire Technique » (AMT) de l’armée tchadienne. Il y commandait une section parachutiste.  Son véhicule a sauté sur une mine. Il est mort le 28 mars 1972 à Ouaddaï. L’autre section d’instruction avait pour adjoint le sergent-chef Christian Large. Lui aussi est parti ensuite à l’AMT du Tchad. Il est mort le 24 mars 1971, sous l’assaut d’une forte bande rebelle, à Ouled-Bili.

    A la fin août 1972, le général Cortadellas, commandant les troupes au Tchad, rendant compte de sa mission, déclarait que nos pertes étaient de 41 tués et de 102 blessés. Son propre fils, Bertrand Cortadellas, sergent-chef à la 6ème CPIMa, avait été tué le 23 janvier 1971 à Moyounga.

    Je n’ai pas eu l’honneur – car c’en est un – de servir à la 6ème CPIMa, mais en hommage à mes camarades tombés au Tchad, j’ai raconté, dans mon dernier livre, leurs combats oubliés (7).

    Puis, pendant des décennies, jusqu’aux « printemps arabes », les opérations extérieures à caractère offensif ont cessé à l’exception de celle du 2ème REP sur Kolwezi en 1977, avant la guerre du Golfe et les « Opex » actuelles en Afrique.

    Entre temps, nos dirigeants, socialistes ou assimilés, ont inventé les « soldats de la paix » ce qui nous a amenés à certaines situations catastrophiques (entre autres, l’affaire du « Drakkar » qui coûta la vie à 58 parachutistes français): des missions d’interposition entre belligérants, à caractère défensif ou d’observation, sous la bannière de l’ONU ou d’une force internationale…

    Depuis les « printemps arabes », la déstabilisation de toute l’Afrique subsaharienne a amené la France, plus ou moins lâchée par ses « alliés » européens, à reprendre des opérations offensives mais elle le fait avec des moyens dérisoires : notre armée est réduite à une peau de chagrin ; nos soldats n’en sont que plus héroïques ! Les paras sont revenus au Tchad en 1983 – 84, avec d’autres soldats français, pour l’« Opération Manta ». Puis il y eut l’« Opération Epervier » jusqu’en août 2014, puis l’« Opération Barkhane »…etc…etc…

    Par manque de connaissances, je ne vous parlerai pas du 1er RPIMa depuis qu’il est l’une des unités de nos « Forces spéciales ». Sachez  que nos « Forces spéciales » font notre fierté, qu’elles sont citées en exemple dans le monde entier et que leurs hommes sont prêts à risquer leur vie dans les missions les plus périlleuses (8).
    Si elles s’entraînent intensivement, c’est pour être efficaces !

    Gilles Perrault, qui a servi chez les paras mais ne les porte pas dans son cœur, a écrit :

    « Les unités parachutistes forment un clan fermé au monde extérieur (…) qui possède ses références, ses rites, ses légendes. Les parachutistes racontent des histoires de guerre qui se ressemblent toutes par une exaltation de la bravoure et du sacrifice inutile (…) : se battre par solidarité, sauter avec les autres pour ne pas être un salaud (…) plus que pour un idéal collectif et indiscutable qui n’existe plus. » (9).
    Ce qu’il dit est vrai, mais  ce qu’il dépeint – et ne peut pas comprendre, l’imbécile! – s’appelle chevalerie, altruisme, don de soi, abnégation, courage, sens du devoir et/ou du sacrifice.

    Voilà, monsieur Hondelatte, je vous offre un cours d’histoire contemporaine. Une histoire qu’on n’apprend pas à Sciences-Po ou dans les écoles de journalisme.

    Si les exercices de tir du 1er RPIMa vous dérangent, achetez-vous des boules « Quiès ».

    Et puis, si vous n’arrivez pas à trouver le sommeil, ayez une pensée, mieux, une prière pour tous les parachutistes  tombés pour la France, pour quelques causes perdues, ou pour rien… 

    Aujourd’hui, vous me donnez l’occasion de rendre hommage à tous ces jeunes qui ont cessé définitivement de faire du bruit et de déranger les embusqués et les bourgeois. Leur nom est gravé, à jamais, sur nos monuments aux morts.

    Au 1er RPIMa, jadis, on disait souvent : « T’es con ou t’es basque ? ».

    Vous m’avez appris qu’on peut être les deux ; soyez-en remercié !

    Eric de Verdelhan
    5 avril 2020

    1)- Baptisée « Citadelle général Georges-Bergé »  depuis le 15 septembre 1999.

    2)- « Spécial Air Service » : unités crées en Angleterre dès 1940.

    3)- « Opex » pour « Opérations Extérieures ».

    4)- Ainsi que le 8ème RPIMa de Castres.

    5)- Une simple compagnie parachutiste. Ses paras sont connus sous le nom d’ « Eléphants Noirs ». Leur Amicale a édité – aux Editions « Marsouins et Méharistes » – un ouvrage collectif « Les paras oubliés ». Le titre est bien choisi car il reflète une réalité.

    6)- Cette stèle comporte  27 noms. Le 27ème est tombé le 19 février 1964, à Libreville, au Gabon : il s’appelait Serge Arnaud. Lui aussi est mort à 20 ans, mais ailleurs et avant les autres.

    7)- « Cœur chouan et esprit para ». Editions Dualpha ; 2020.

    8)-  En mai 2019, deux sous-officiers des « Forces spéciales » ont perdu la vie en allant  sauver un couple de gays imprudents en « voyage de noces »…

    9)- « Les Parachutistes » Editions du Seuil ; 1961.


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  • L’imam Mélenchon compare le tueur de Romans et les évangélistes !

    Dans cette vidéo, postée sur la chaîne russe TVS24 de Résistance républicaine, je commente la dernière sortie de celui que j’appelle l’imam Mélenchon.

    Petrus Marin@marinpetrus
     
     

    On appelle ça l’agonie d’un homme politique. Et la sienne est tragique.

     
    Interrogé par des journalistes sur le nouvel assassinat commis à Romans par un islamiste, il fait celui qui ne connaît pas le dossier, et surtout ose renvoyer dos à dos, sans un premier temps, ce crime djihadiste, qu’il ne daigne même pas commenter, manifestement mal à l’aise, avec le rassemblement des évangélistes, à Mulhouse, dont on pense qu’il a pu jouer un rôle dans la contamination du Grand Est. Guillaume Roquette, présent sur le plateau, ne peut s’empêcher de lui faire remarquer qu’eux n’avaient pas l’intention de tuer.

    Je commente ensuite l’attitude de Mélenchon, lors de cette crise, et estime qu’il est totalement complice de Macron, qu’il ne critique guère que sur des détails. Il ne sera pas le grand homme que révèlent certaines situations exceptionnelles, au contraire. Il aura en effet, avant cette crapuleuse sortie sur les évangélistes, montré toute sa bassesse, en insultant Marine Le Pen, pourtant confinée.

    Bref, voilà qui fait beaucoup de bassesse pour un homme qui se rêvait, il y a près de trois ans, président de la République… et qui a failli l’être !

    D’où cette vidéo, et la conclusion qui va avec.

    Pierre Cassen


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  • Bonjour,

    Je viens de signer la pétition "Nous ne voulons plus voir Daniel Cohn Bendit sur toutes les chaines TV Française".

    Je pense que c'est important. Souhaiteriez-vous la signer à votre tour ?

    Voici le lien : https://www.mesopinions.com/petition/medias/voulons-voir-daniel-cohn-bendit-toutes/84948

    Merci 


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  • La Garde républicaine patrouille sur les sentiers côtiers

    Cliquez sur image pour lire ;

    morbihan.jpg

    L'article témoigne d'une réelle discipline des riverains et des résidents épisodiques à suivre les consignes. Certes les surfeurs tentent leur chance mais ce n'est qu'une exception qui confirmerait bien la règle. 

    http://lignesdedefense.blogs.ouest-france.fr/


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  • Colonel Bastien-Thiry , Mars 1963Colonel Bastien-Thiry , Mars 1963

    Par lesamisdegg ..

    Le 11 mars 1963 tombait au Fort d’Ivry le Colonel Bastien-Thiry.

    Monsieur Pierre Sidos a autorisé la publication d’un document unique qu’il détient. Ce récit des ultimes instants du colonel Bastien-Thiry fut rédigé de la main même d’un témoin privilégié : un dirigeant de la police française qui, pour mieux servir la France dut cacher son admiration pour l’homme qui allait mourir et pour la cause à laquelle cet homme avait sacrifié sa vie.

    Samedi 9 mars 1963 – 17 heures.

    P…, commissaire divisionnaire à l’état-major de la police municipale, me demande au téléphone de mon bureau du 5ème district, avenue d’Italie, et m’invite à venir d’urgence à son bureau. Je ne puis m’empêcher de m’exclamer : « Je crois, hélas, deviner pourquoi ». Je pars donc à la préfecture, et là, P… me confirme qu’en effet, si Prévost et Bougrenet de la Tocnaye sont graciés, l’exécution de Bastien-Thiry est ordonnée pour le lundi 11 mars au matin. Le moins qu’on puisse dire est que les choses n’ont pas traîné depuis le jugement qui doit remonter à quinzaine. Nous voici à mettre sur pied le futur service d’ordre…

    B…, commissaire de Choisy, assurera un isolement total des Prisons de Fresnes, avec des effectifs considérables.

    L…, commissaire de Charenton, qui sera de ronde de nuit du 10 au 11, consacrera tout son temps à la surveillance de l’itinéraire Prisons-Fort d’Ivry ; effectifs généreusement prévus : on ne lésine vraiment pas…

    B…, commissaire d’Ivry, assurera les fonctions judiciaires : accompagnement des autorités, présence sur le lieu de l’exécution et procès-verbal pour en rendre compte. Détail pénible : on le charge de commander le cercueil et on lui donne les mensurations du malheureux ; ces préparatifs hideux, concernant un homme bien vivant, espérant sans doute encore avec ses proches auxquels il est toujours relié par la pensée (sa femme et ses trois petites filles ?) me mettent dans un trouble profond.

    Je reviens chez moi, sans dire un mot, en proie au désespoir et au dégoût, me demandant comment je vais vivre ces quarante-huit heures d’attente… Pour comble, je préside le soir même, le bal de la section de Gentilly de l’orphelinat mutualiste de la PP. Comment ai-je pu, avec mes pensées en désarroi, tenir devant les niaiseries de ces gens se contorsionnant, et faire le discours d’usage ?

    Le dimanche est une véritable veillée funèbre : je ne sais où aller pour fuir les pensées qui m’assaillent. La journée passe, morne.

    Sans avoir dormi, je me lève à une heure du matin. Il pleut à torrents. Par les rues désertes je vais à la préfecture prendre contact avec les équipes en civil de la Brigade de direction, mises à ma disposition pour chercher, véhiculer et protéger au besoin les juges, le procureur général, l’aumônier, le médecin. C’est un médecin de l’Armée de l’air qui doit assister, ô dérision, à cette mort. Les braves gars de la Brigade, des gens courageux toujours prêts à traquer les criminels, la nuit, sont ébranlés eux aussi. Ils ont à tour de rôle escorté le prisonnier tout au long des nombreux trajets Prisons-Fort de l’Est où siégeait le tribunal. Les rares contacts qu’ils ont eus avec Bastien-Thiry (entrevu quand il montait et descendait du fourgon cellulaire) leur ont laissé malgré tout une profonde impression que l’on éprouvait en le côtoyant, même sans lui parler… « Il semblait enveloppé d’une auréole »

    Je repasse au district, encore plus ému par ce bref aveu d’un humble flic. Je prends dans ma voiture mon chauffeur de service et un secrétaire et nous partons pour Fresnes.

    Dès notre arrivée, je vois une dizaine de reporters de presse filmée ou de télé qui allument leurs projecteurs. Cette attente des badauds de profession en prévision d’une curée, recherchant avidement tout ce qui se présente de sensationnel, me semble quelque chose d’indécent. Usant des consignes draconiennes que j’ai reçues, c’est sans ménagements que je les fais refouler dans le bistrot voisin qu’ils ont déjà fait ouvrir et où ces importuns ont établi leur PC.

    Les effectifs arrivent, les commissaires mettent en œuvre le plan qu’ils ont reçu, je reste rencogné dans le fond de ma voiture, après les avoir successivement revus. Je suis embossé dans l’allée menant au pavillon résidentiel du directeur de la prison, M. Marti.

    Le condamné est dans le bâtiment voisin : le CNO (Centre national d’orientation), où sont habituellement concentrés les prisonniers en attente d’une autre affectation. Cette masse sombre est silencieuse : les CRS de garde aux abords courbent le dos sous l’averse. Ma radio grésille doucement. Paris est encore en léthargie ; la police prend la place sur l’itinéraire, sans bruit la pluie fait rage… J’écoute le vide… et prie.

    Tout à coup, les abords de la prison s’animent : B…, qui attend près de la porte, pénètre dans le CNO en compagnie de M. Marti. L’aumônier suit. Survient Gerthoffer, le procureur général, silhouette falote, moulé dans un pardessus gris aux formes démodées ; il descend de voiture et saute pour éviter les flaques d’eau, faisant le gros dos sous les rafales. Ces vieillards allant faire tuer un être jeune, plein de vie encore, me semblent une énormité inhumaine.

    La gendarmerie, chargée de livrer le condamné au peloton d’exécution, a fait grandement les choses : une escorte de trente motos, celle d’un chef d’Etat, trois petits cars bourrés d’effectifs armés, pour s’intercaler entre les divers véhicules du cortège, prennent place sur l’avenue dite « de la Liberté ». Le car chargé de transporter le condamné, avec une garde de huit gendarmes, entre dans la prison. Nul n’ignore que la gendarmerie est le pilier de ce régime…

    BASTIEN-THIRY 1948

    BASTIEN-THIRY 1948

     

    B… m’informe par radio que, toutes les personnalités étant arrivées, on va réveiller le condamné. Il me relatera ensuite que c’est Gerthoffer qui est entré le premier et que Bastien-Thiry a aussitôt demandé quel était le sort de ses compagnons. Apprenant qu’ils étaient graciés, il sembla alors délivré de tout souci et entra dans une sorte d’état second, abandonnant toute contingence terrestre.

    Il revêt son uniforme et sa capote bleu marine de l’Armée de l’air sans prêter un instant d’attention aux paroles bien vaines que ses avocats croient devoir prononcer. Il entend la Messe à laquelle assiste également M. Marti. Il est, même aux yeux des moins perspicaces, en dialogue avec le Ciel. Au moment de communier, il brise en deux l’hostie que lui tend l’aumônier et lui demande d’en remettre la moitié à son épouse. Puis, après l’Ite Missa est, il dit « Allons »… et se dirige vers le couloir de sortie. A ce moment, les phares des voitures s’allument, les motos pétaradent, et j’annonce par radio la phrase que j’ai si souvent prononcée lorsque j’étais avec De Gaulle : « Départ imminent »…

    Mais rien ne vient, et cette attente imprévue semble atroce. Pendant vingt affreuses minutes les avocats vont tenter une démarche désespérée : ils demandent au procureur général d’ordonner de surseoir à l’exécution en raison du fait nouveau qu’est l’arrestation récente d’Argoud. Bastien-Thiry, absent de tout, revient dans sa chambre, stoïque, silencieux, méprisant devant ces passes juridiques où chacun s’enlise. Il ne dira pas un mot, ni d’intérêt, ni d’impatience…

    B…, qui n’est pourtant pas un croyant, me dit : « Il est déjà parti en haut ».

    Enfin, les palabres des hommes de loi prennent fin : le procureur refuse tout sursis.

    Les phares s’allument de nouveau, les motos repartent à vrombir. Cette fois, c’est bien le départ. Je vois la voiture du condamné balayer de ses phares le seuil de la prison, puis se diriger vers le portail ; tout le cortège s’ébranle. C’est bien celui d’un chef d’Etat, dans son triomphe.

    Ce condamné qui, au procès, a traité De Gaulle d’égal à égal et l’a assigné au Tribunal de Dieu et de l’histoire, comme renégat à la parole donnée, aux serments les plus solennels et sacrés, ce condamné est bien un chef d’Etat.

    C’est bien le même cortège que j’ai si souvent commandé : voiture pilote avec phare tournant, motos devant, motos formant la haie d’honneur, motos derrière, et quinze voitures officielles suivant…

    La pluie redouble ; je reste loin derrière, suivant la progression par radio codée… comme pour l’Autre…

    Je décide d’aller directement au cimetière de Thiais, triste aboutissement… Je n’aurais pas pu assister à ce Crime, pas même rôder autour du Fort d’Ivry et entendre cette horrible salve.

    Au moment où j’entre parmi les tombes, j’entends cette petite phrase de B…, et elle me restera longtemps dans l’oreille : « Allô… Z1 » ; le processus s’accélère… « Je vois le condamné contre son poteau ». Et, à 6h42, cette information : « Exécution terminée ». Je sais gré à B… d’avoir évité la formule consacrée « Justice est faite », elle serait si malvenue ici. Justice… où es-tu ? J’attends encore : rien. Donc, il n’y a pas eu défaillance du peloton comme pour le malheureux Degueldre.

    Je vais avec D…, dont je connais les sentiments proches des miens ; nous nous rendons au carré des condamnés. C’est une triste parcelle recouverte de hautes herbes jaunies par le gel, entourée d’arbustes dénudés, frêles et désolés. Un trou a été creusé dans la glaise qui colle aux chaussures.

    Enfin arrive un fourgon, escorté par le colonel de gendarmerie de Seine-et-Oise. On descend le cercueil de bois blanc. L’aumônier arrive ; il est suivi du médecin, un grand maigre, tout gêné. Je viens saluer et me recueillir avec D… Les gendarmes se retirent ; les fossoyeurs, à l’abri dans le bâtiment de la Conservation tardent à venir. Nous restons là, tous les quatre, à prier devant cet humble cercueil, placé de travers sur le tas de glaise, courbant le dos sous les rafales de ce sale hiver qui n’en finit pas…

    Dehors, les premiers banlieusards se hâtent vers le travail, indifférents à tous ces policiers massés devant le cimetière. Chacun va à ses occupations, c’est le monstrueux égoïsme des grandes cités.

    Ainsi est mort pour son idéal, le Rosaire au poignet, Jean-Marie Bastien-Thiry, trente-quatre ans, ingénieur de 2e classe de l’aviation militaire, père de trois petites filles, devenues subitement orphelines, demeurant de son vivant rue Lakanal, à Bourg-la-Reine.

    Paris, le 11 mars 1963, 11 heures du matin.


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