• 5 JUILLET 1962 – LE MASSACRE D’ORAN

    5 JUILLET 1962 –

    LE MASSACRE D’ORAN

    Publié le 5 juillet 2015 par Marc Le Stahler

    5 JUILLET 1962 – LE MASSACRE D’ORAN

    Il y a un peu plus d’un demi siècle se produisait à Oran un massacre qu’Hollandescu – qui n’hésite pas à rappeler la « brutalité et l’injustice du système colonial » – s’est bien gardé d’évoquer lors de sa récente et scandaleuse visite de soutien à Bouteflika en Algérie. L’Histoire n’étant pas sa tasse de thé (sauf peut-être pour la manipuler) nous avons décidé – au risque de l’agacer une fois encore – de rafraîchir un peu sa mémoire défaillante…

    Le 3 juillet 1962, suite à la signature des Accords d’Evian le 18 mars 1962, un référendum local entérine, avec 99% de « oui », l’indépendance de l’Algérie.
    Celle-ci est donc proclamée ce 5 juillet (132 ans jour pour jour après la prise d’Alger qui marque pour l’Histoire le début de la « criminelle » colonisation qu’évoque le locataire provisoire de l’Elysée).

    La France est alors divisée entre gaullistes et partisans de l’Algérie Française.
    Le putsch avorté des généraux date de moins d’un an et l’OAS (Organisation Armée Secrète) pratique dans la désespérance une politique de terre brûlée. Les Harkis sont abandonnés et désarmés, livrés par la métropole à un sort que nul ne pouvait ignorer. Quant au jeune état algérien, il est loin de faire l’unité, le FLN étant tiraillé entre les différentes factions issues de la guerre.

    L’armée française est encore présente, mais a l’ordre pour ne pas intervenir.
    Ce 5 juillet à Oran, pour fêter dignement et courageusement l’indépendance, tortures, pillages, enlèvements se multiplient. Plusieurs centaines, peut-être un millier d’européens et de Pied-Noirs sont sauvagement assassinés par une foule oranaise surexcitée.

    Dans l’indifférence générale, un officier se dresse. Kabyle, fils de militaire, c’est un ancien de Dien Bien Phu où il fut blessé puis, un temps, porté disparu. Le lieutenant Rabah Kheliff apprend que des civils européens raflés sont en attente d’exécution. Ses supérieurs lui confirment qu’aucun ordre d’intervention n’a été donné par l’Etat-Major.

    Il prend alors une décision héroïque : oubliant les ordres, avec une partie de sa compagnie, il se rend à la Préfecture. Il y voit des centaines d’européens regroupés en colonnes en attente de leur exécution. Il exige du préfet algérien leur libération puis, sécurisant les routes menant aux points stratégiques, leur sauve la vie au péril de la sienne.

    Oran5juillet1962

    Sur son blog « l’Aurore.overblog », Manuel Gomez rappelle ces faits glorieux en laissant la parole au lieutenant Kheliff…

    Voici le récit fait par le lieutenant Rabah Khélif, qui fut le seul officier français a avoir désobéï aux ordres criminels de sa hiérarchie et sauvé des centaines de vies humaines en obligeant par la force à libérer des malheureux Français prisonniers du FLN et promis à une mort atroce.

    « Le 5 juillet 1962, des renseignements alarmants me parviennent de la ville d’ORAN, me disant qu’on est en train de ramasser les Pieds-Noirs, les musulmans francophiles et c’est effectif. On les embarquait dans des camions, on les emmenait vers ce que l’on appelait  » le petit lac « , qui se trouvait entre ORAN et l’aéroport et là, on les fusillait comme faisaient les SS, puis on les jetait dans le petit lac.

    Je demande donc des ordres à mon chef de bataillon, le général KATZ qui commandait à ce moment-là en Oranie,  et qui avait donné des ordres pour que les troupes françaises, quoi qu’il arrive, ne sortent pas des cantonnements. C’était un ordre écrit (que nous avions d’ailleurs, tous émargé).L’adjoint du commandant me dit : « Mon garçon tu connais les ordres, le général KATZ a dit de ne pas bouger. »

    J’étais le seul officier musulman commandant de compagnie à l’intérieur du bataillon. Je téléphone à mes camarades commandants de compagnies, tous européens, je leur explique ce que j’ai appris, ils me disent avoir les mêmes renseignements, mais qu’ils ne peuvent pas bouger vu les ordres.  » Mais enfin, ce n’est pas possible leur ai-je dit, on ne va pas laisser les gens se faire trucider comme ça sans lever le petit doigt. Moi, je ne peux pas, ma conscience me l’interdit « .

    Je téléphone à l’échelon supérieur, au colonel commandant le secteur. Je tombe sur son adjoint et lui explique mon cas, il me répond :  » Ecoutez mon garçon, nous avons les mêmes renseignements que vous, c’est affreux, faites selon votre conscience, quant à moi je ne vous ai rien dit « . En clair, je n’étais pas couvert.

    J’embarque l’équivalent de quelques sections dans les camions dont je pouvais disposer et je fonce, sans ordre, sur ORAN. J’arrive à la Préfecture : il y avait là une section de l’A.L.N. (Armée de Libération Nationale), des camions de l’A.L.N. et des colonnes de femmes, d’enfants et de vieillards dont je ne voyais pas le bout. Plusieurs centaines en colonnes par 3 ou 4 qui attendaient là, avant de se faire zigouiller.

    J’avise une espèce de planton devant la préfecture et lui demande ou se trouve le préfet, il me dit : « Mon lieutenant regardez, c’est ce Monsieur qui monte « . En 4 ou 5 enjambées, je rattrape ce gros Monsieur avec une chéchia rouge. Je crois lui avoir dit :  » Monsieur le Préfet je vous donne cinq minutes pour libérer tous ces gens-là, sinon on fera tout sauter. » Il ne m’a pas répondu, il a descendu l’escalier, s’est dirigé vers le responsable de la section A.L.N. Ils ont discuté quelques minutes et la section ALN est partie. Le Préfet est venu et m’a dit :  » C’est fait mon lieutenant « , et a dit aux gens :

     » Mesdames, Messieurs vous êtes libres, vous pouvez rentrer chez vous « . Je reverrai toujours cette scène hallucinante de femmes d’enfants et de vieillards qui pleuraient, poussaient des cris hystériques, courant, tombant les uns sur les autres. Quelqu’un est venu me trouver et m’a signalé qu’il y avait des gens blessés, je les ai fait mettre à l’abri pour les faire soigner. Puis j’ai installé des patrouilles sur les axes routiers qui menaient au port ou à l’aéroport, car j’ai appris qu’on arrêtait les gens qui fuyaient, qu’ils soient musulmans ou européens d’ailleurs. C’était la population ou des gens armés ne faisant même pas partie de l’A.L.N., qui les arrêtaient, les volaient et les tuaient. J’ai donc mis des contrôles pour éviter cela et je les arrachais littéralement aux mains de la population. Au risque de ma vie, souvent, je les escortais jusqu’au port, parfois seul dans ma Jeep, ou avec simplement mon chauffeur et mon garde du corps. J’ai fait cela en ayant le sentiment de ne faire que mon devoir. « 

    Le capitaine Kheliff est mort à Lyon le 3 novembre 2003, après avoir conduit avec succès d’autres combats associatifs au service de ses frères harkis.

    Le rappel de cet épisode tragique, en cet anniversaire, montre clairement qu’un soldat peut être conduit à désobéïr quand, dans certains cas extrêmes, l’éthique et la morale prennent le pas sur la discipline…

    Ce n’est certes jamais une décision facile, mais elle peut aussi transformer un soldat insoumis en héros…


  • Commentaires

    1
    Markos
    Jeudi 1er Mars à 00:19

    Cet homme est un héro, méconnu de presque tout le monde, meme des Pieds Noirs, dommage...

    Les Associations Pieds Noirs devraient parler de lui car il a sauvé combien de vies humaines de la torture, de la souffrance et de la mort, bravo !

     

     

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