• La Toussaint rouge !

    La Toussaint rouge !

    Par :Pieds Noirs 9A ..

    Dans archives et recherche approfondie

    La Toussaint rouge !

    Tout le pays fut tranquille quand le lendemain, essentiellement par la presse que la population avait appris l'insurrection...
    Le 1" novembre, jour férié, on n'avait pas beaucoup écouté la radio mais le 2 novembre tout le monde fut au courant . Tous les journaux titrèrent sur l'insurrection.Peu de texte, mais des photos parlantes, une carte impressionnante des lieux où s'étaient produits les attentats et les noms en caractère gras des sept morts (deux civils européens, trois militaires européens, deux civils musulmans) alertèrent l'opinion publique.

    La Toussaint rouge !

    Pour dire vrai, les Européens ne s'affolèrent pas et si les éditions se vendirent mieux que d'habitude, c'était en raison de ce super fait divers que l'on annonçait à grand fracas. Les Algérois n'avaient rien entendu des bombes qui avaient explosé aux quatre coins de leur ville. Seuls les voisins des points stratégiques visés avaient entendu l'explosion d'un vague pétard. Ce ne pouvait être bien grave. En revanche, la simultanéité des attentats montrait clairement que cette manifestation était bien coordonnée, donc qu'il fallait se méfier. Mais ce n'était pas suffisant pour engendrer la panique. La population en ce 2 novembre 1954, fut loin de mesurer l'importance de ce qui se passait. L'insécurité faisait partie depuis longtemps de la vie Française d'Algérie. S'il ne s'était rien passé depuis Sétif, c'est qu'on avait maté, qu'on avait ouvert l’œil et qu'on avait contrôlé tous ces mouvements subversifs. La police, en 1950, cinq ans après Sétif, mettre en prison la plupart des meneurs. La faiblesse ne paie pas en Algérie, monsieur, tout le monde vous le dira. Le calme de la vie quotidienne n'avait rien de naturel pour l'Européen. Il était le résultat de précautions constantes qui étaient entrées dans les mœurs.

     

    La Toussaint rouge !Pour les époux monnerot ;

    Les Monnerot sont arrivés avec tant d'enthousiasme dans ce grand pays ,heureux comme tout . Ils sentent qu'ils vont aimer ses montagnes de cet Aurès au paysage a l'air sain et changeant. Cette jeune femme est heureuse,dont tout va de soit ,sans quoi ne serait pas venu dans ses département Français . Elle admire ce grand garçon qu'elle a épousé sachant que ce n'est pas avec des idées qu'il fera fortune ,mais elle s'en moque. Dès son arrivée elle s'est rendu tout de suite compte à quel point son mari avait raison de venir en Algérie pour s'y installer et pouvoir faire son travail d'instituteur ,t cela va de soi ...
    Donc le contact a été bon avec les Chaouïas (paysans)de l'environnement et les deux jeunes gens ont commencé à organiser leur classe. Ils profitent de ce long week-end scolaire pour mieux connaître cet Aurès où ils vont vivre...
    Donc;
    Pour pénétrer le massif, le vieux car, un Citroën de 50 places, deLa Toussaint rouge ! couleur vieux marron avance tranquillement sur la route sinueuse qui s'introduit dans les gorges de Tighanimine. A vrai dire Cinquante kilomètres de décors et de beauté stupéfiante. La route est taillée dans la partie rocheuse de Foum-Taghit qui s'élève à pic du côté gauche du car. La route monte sans cesse ,sans cesse au pas ...
    Mme Monnerot sent, à travers les glaces ouvertes, l'air devenir plus pur. Ses tympans sont un peu douloureux.Les Chaouïas, en cachabia de laine brute, sentent le mouton et les poules aux milieux d'eux dans ce bus. Leur odeur soulève le coeur. Mme Monnerot leur trouve des têtes inquiétantes de bêtes sauvages aux aguets. Les femmes ont l'air aussi farouches. Elles ont ses allurent soumise ,donc pas un mot dans ce bus . Les haïks noirs dont elles s'enveloppent y sont peut-être pour quelque chose. Et puis on voit a peine leurs visages de ses emmes de l'Aures . Des petits yeux vifs en amande sur des traits impassibles vous observent, vous dissèquent. Mais il ne faut pas juger sur la mine, pense la jeune femme. Ce ne sont que des paysans qui vont au marché. Sur le sol des couffins débordant de marchandises voisinent avec des poules vivantes attachées par les pattes. Toute cette humanité qui sent fort provoque un remue-ménage incroyable...
    Alors;
    A l'avant du car, Djemal Hachemi, le frère du propriétaire du car, conduit paisiblement. Il regarde le numéro de la borne qui est plantée sur le bas-côté de la route, au bord du ravin.annonçant "Nationale 31, kilomètre 80."
    Djemal Hachemi est dans le coup du soulèvement. Il sait qu'il devra freiner dès qu'il apercevra le barrage de pierres placé en travers de la route.
    Au kilomètre 79 le canon de Tighanimine se fait moins étroit. Les deux versants de la montagne s'éloignent l'un de l'autre et permettent de découvrir au loin les croupes molles recouvertes de broussailles annonciatrices des hauts plateaux. A cet endroit la route s'élargit et le. versant qui la sur­plombe, à gauche, se transforme en un vaste cirque où, au milieu d'éboulis de rochers, poussent des buissons d'arare, de defla, de chênes sauvages ,enfin des brousailles du terroir.
    Chihani Bachir, que tous ses hommes connaissent sous le nom de Si Messaoud, est là depuis 3 heures du matin. C'est ce cirque protégé en amont et en aval de la route par un virage assez brusque qu'il a choisi comme lieu de son embuscade. Depuis 3 heures du matin les dix hommes du commando attendent de pouvoir arrêter un véhicule. Rien. Pas la moindre 4 CV, pas le moindre camion, pas même un mulet accompagner d'un Européen pour y faire la peau ! Rien!.
    Chihani a placé deux de ses hommes en guetteurs sur chacune des deux crêtes qui sur­plombent les virages amont et aval. Trois hommes armés dont Mohamed Sbaïhi sont dissimulés au bas de la pente, derrière d'énormes rochers qui ont basculé des sommets en surplomb. Chihani et les deux derniers hommes du commando ont jeté sur la route une dizaine de grosses pierres sèches. Depuis que le soleil a teinté de rose les pierrailles du cation, les hommes sont à l'affût, dissimulés derrière leurs abris. Le silence est impressionnant. Seul l'oued (source)bruit au fond du cation à une vingtaine de mètres en contrebas.
    L'oreille attentive de Chihani a perçu le ronronnement du gros Citroën avant que les guetteurs aient pu apercevoir sa gueule mafflue qui monte péniblement à l'assaut de la dernière côte. Derrière son rocher Mohamed Sbaïhi arme la mitraillette qu'il est le seul à posséder dans le commando. C'est lui qui couvrira son chef et ses deux compagnons lorsqu'ils sentent le car approcher , Chihani n'est même pas ému. Il sait que le conducteur Hachemi est un homme à eux et que, selon les instructions, il donnera au moment d'aborder le barrage de pierres un violent coup de frein qui projettera tous les voyageurs en avant et permettra aux hommes du F.L.N. de grimper à bord sans éprouver de résistance...
    Le car qui a enfin atteint la route plate prend de la vitesse. Au volant Hachemi Djemal est tendu. Malgré l'air frais qui entre par la vitre, il transpire. Ça y est. Il a aperçu le barrage. Et quel barrage ?Quelques pierres sèches éparses sur la route, à peine de quoi lui donner un alibi. Si Hachemi n'était pas un homme du F.L.N., il n'aurait qu'à appuyer sur l'accélérateur pour que le bon vieux Citroën franchisse sans difficulté le muret et gagne à grande vitesse la commune mixte qui est distante de 18 kilomètres.
    Le barrage se rapproche. Hachemi jette rapidement un coup d'oeil dans le car. Tout le monde bavarde ou somnole. Il donne un léger coup d'accélérateur. Ça y est il a aperçu une silhouette à gauche, près des rochers. Ils sont là dix mètres à peine du barrage ; il s'arcboute sur son volant et enfonce la pédale du frein. Cris, hurlements. Les voyageurs ont basculé en avant. Pêle-mêle les cacha­bias, les burnous, les haïks et les fichus de mousse­line, les paquets de beurre, de sucre, les poules qui piaillent, les femmes qui crient.
    La portière s'est ouverte violemment. Chihani, mauser au poing, suivi d'un de ses hommes, a bondi dans la cabine.
    Silence ! Ça suffit. Armée de libération nationale. Que personne ne bouge.
    Le chef F.L.N. parcourt du regard les pauvres gens qui se sont tassés sur les banquettes fatiguées du vieux car : des montagnards. Mais un sourire éclaire son visage. Il vient d'apercevoir au fond du car la gandoura éclatante du caïd et près de lui les deux Européens. Viens, toi , fait Chihani au caïd. Celui-ci se lève et passe dédaigneux devant le chef du commando qui le pousse d'un coup de crosse dans les reins. Guy Monnerot se prend à espérer. Peut-être n'en voulaient-ils qu'à ce caïd si richement vêtu.
    Vous aussi, venez ! L'espoir s'est écroulé. Guy et sa femme La Toussaint rouge !descendent. Ils sont maintenant tous les trois sur la route devant le car. A gauche Hadj Sadok, puis Guy Monnerot, puis sa femme.
    Le caïd Hadj Sadok est plus impressionnant que jamais, ses vêtements magnifiques, sa haute stature, son visage basané et rasé de près font paraître la tenue des maquisards encore plus hétéroclite et misérable. Sa réaction est digne de son attitude.
    Vous ne croyez pas que je vais discuter avec des bandits, s'écrie-t-il, et que votre mascarade m'impressionne. Et le caïd, bras croisés, éclate d'un rire méprisant. Chihani, fou de rage, s'approche du groupe et interloqué par l'algarade, se demande que faire. Pour le caïd, c'est réglé, il est bien décidé à le descendre, ce sont les ordres : attaquer les militaires et les musulmans favorables à la France. Mais ces deux Européens ? Ben Boulaïd l'a bien recommandé : Ne touchez pas à un civil européen !
    Tout va alors très vite. En une fraction de seconde. Hadj Sadok qui voit que son petit discours a porté mais qui commence à avoir peur pour sa peau a avancé la main vers le magnifique baudrier rouge. A l'intérieur il cache toujours un 6,35 automatique. Très vite, la main plonge, ressort armée. Chihani lève alors la tête, voit le geste du caïd qui l'ajuste. Une rafale part. Près de son rocher, Sbaïhi n'a pas perdu un mouvement. Il est bien placé, son chef est en dehors de son champ de tir. Il a écrasé la détente. La rafale est partie. Il n'y a pas eu un cri. Le caïd semble pétrifié. Le début de la rafale l'a atteint en plein ventre. Guy Monnerot a pris la suite dans la poitrine. Sa femme est atteinte à la hanche gauche. C'est elle qui s'écroule la première, suivie de son mari. Le caïd tombe enfin comme un mannequin peluche, qui se tasse sur lui-même. Il se tient le ventre à deux mains.
    Les hommes du F.L.N. sont sortis de leurs abris et rejoignent leur chef, en silence.
    Au volant du car Hachemi est le seul des occupants à avoir vu toute la scène. Les paysans, eux, sont aplatis sur le plancher, entre les banquettes, la tête dans leurs couffins. Ils sont terrorisés. Mettez le caïd dans le car, ordonne Chihani, c'est tout de même un musulman... Et toi, dit-il au chauffeur, ramène-le vite à Arris.
    Donc deux hommes du commando transportent le caïd, dont la gandoura est maculée de sang, à l'intérieur du car. Deux autres ont tiré les corps des deux petits instituteurs Français sur le bord de la route, au pied de la borne, dans le gravier. Les deux jeunes gens gémissent. Guy semble à demi inconscient. La route est libre. Le car démarre. Les hommes de Chihani dégringolent la pente qui mène à l'oued. Ils veulent le franchir et se cacher au flanc de l'autre versant. Prêts à attaquer si une petite patrouille militaire vient au secours des deux Européens, prêts à fuir si les forces sont trop importantes.
    Il est 7 h 40. Le car s'est éloigné. Les insurgés se sont fondus dans la campagne. Le soleil inonde maintenant le cirque.
    Deux corps restent seuls abandonnés, étendus sur le bas-côté de la route. Il n'y a plus un bruit. Mme Monnerot reprend connaissance . Une douleur atroce la taraude au flanc gauche. Elle ouvre les yeux. Guy, en sang, il respire avec difficulté. Elle ne peut pas bouger. Elle se sent engourdie, abandonnée. Sur la borne plantée à moins d'un mètre elle peut lire Arris 18, Batna 77. Et pas un bruit. Seulement l'oued qui, en contrebas, roule de pierre en pierre... Enfin une jeep de l'armée pouvant découvrir se tragique attentat dans la journée ... 

    PIEDS NOIRS 9A ..

     


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